Musicothérapie

L’information a été reprise en boucle par bon nombre de médias hexagonaux : un nourrisson atteint de graves troubles envahissants du développement a soudainement recouvré la santé par le simple fait d’une chanson de la chanteuse britannique Adèle ! Si la chose peut paraître surprenante, l’idée selon laquelle la musique peut soigner les maux du corps et de l’esprit est loin d’être nouvelle.

Dès l’Antiquité, les Grecs étudiaient la musique comme une science associée aux mathématiques, à la physique et à la médecine. Dans Athènes et ses environs, il y avait déjà des « musicothérapeutes » qui influençaient « l’humeur et les humeurs en utilisant divers instruments, rythmes et sons. Selon le mal, ils choisissaient l’aulos (un instrument de musique) au jeu extatique et émouvant ou celui doux et harmonieux de la lyre. Chez les Hébreux, la musique a toujours été considérée comme pouvant soigner :David n’a -t-il pas été envoyé à Saül pour lui jouer de la cythare quand l’esprit de ce dernier le troublait ? En Asie, les  Chinois avaient répertorié une centaine de musicothérapies cinq siècles avant J-C. Les sages déclaraient que chaque organe interne du corps a son propre rythme et par conséquent vibrerait à un son qui lui est propre. A ces différents organes correspondaient les six sons suivants : Chui, Hu, Xi, Ke,, Xu, Xia. Ce n’est pas le nom de la note qui détermine la correspondance mais son timbre, ou plutôt la fréquence qui fait réagir tel ou tel organe. Les sons graves résonnent dans la région de l’abdomen ainsi que les organes qui lui correspondent tandis  que les aigus résonnent au niveau de la tête.

En Europe, il faut attendre les années 40 et 50 pour voir la musicothérapie faire son apparition quand elle est utilisée sur des soldats convalescents pour tenter de soulager les traumatismes de la guerre: insomnies, dépressions post-combat, anxiété, mélancolie suicidaire . .  . Par la suite, des recherches approfondies sont  réalisées dans divers instituts tels l’institut Karajan à Salzbourg qui étudie le pouvoir physiologique de la musique, l’ARATP (Association de Recherche et d’Application des Techniques Psycomusicales) de Paris ou l’institut Emile Dalcroze de Genève, créé en 1915.

En ce qui concerne la France, c’est un ingénieur du son, Jaques Jost qui fait office de pionnier dès 1954 et pose l’hypothèse que l’on peut soigner avec la musique. Il s’appuie sur une base clinique avec le concours  du Laboratoire d’Encéphalographie de la Clinique des Maladies Mentales et de l’Encéphale, à la Faculté de Médecine de Paris. Après dix-huit ans d’études sur l’application des techniques psychomusicales en psychiatrie, Jacques Jost  met en place un test de réceptivité musicale qui peut être utilisé avec plus ou moins de réussite sur des patients en musicothérapie. Ce premier succès arraché de haute lutte par Jost attire de plus en plus l’attention des professionnels sur une discipline qui jusqu’alors était considérée par beaucoup comme une sorte de chamanisme.

Le premier congrès mondial de musicothérapie se tient à Paris en 1974 dans l’enceinte  de l’Hôpital de la Salpêtrière, et marque la naissance de la musicothérapie comme véritable champ  d’étude scientifique. Cette rencontre  donne à la musicothérapie naissante une légitimité qui la débarrasse une fois pour toutes des suspicions qui l’avaient accompagnée dès son avènement.

La musicothérapie, essai de définition

Selon l’Association québécoise de musicothérapie (AQM) créée en 1994, « la musicothérapie est un mode d’intervention qui utilise les  composantes de la musique (rythme, mélodie, harmonie, style, etc. ) afin d’améliorer ou de maintenir le bien-être physique ou psychique de l’individu ».

Pour Valérie Wehinger-Wackenheim, musicothérapeute, chef de chœur, professeur de chant, « la musicothérapie est le soin par la musique, c’est une aide aux soins, mais elle ne remplacera jamais la médecine traditionnelle. Elle recherche  l’expression d’un sentiment, d’une émotion, sans jugement. Elle est entendue mais aussi ressentie et va résonner dans les strates de notre corps, là où rien n’accède, par l’effet de la vibration du son et du rythme ».

Les objectifs de la musicothérapie

L’évaluation préliminaire peut révéler des besoins dans les différentes sphères du développement de la personne, soit au plan affectif, cognitif, social ou psychomoteur. C’est en fonction de ces besoins spécifiques que sont formulés les buts et objectifs en musicothérapie. Par exemple, le musicothérapeute privilégie certaines composantes de la musique selon qu’il cherchera à :

-favoriser la consolidation et l’estime de soi

-susciter l’expression de soi et la créativité

-améliorer les capacités de conscience de soi et de socialisation

-affirmer et renforcer l’identité personnelle

-améliorer la qualité de vie

-stimuler le développement cognitif

La musicothérapie, par la voix, le chant, la danse, la respiration, permet l’expression de soi, participe à la gestion du trac, des coups durs, des angoisses, elle facilite l’ouverture et la confiance en soi. La détente permet aux traitements médicaux d’être mieux acceptés par le corps: anesthésie, greffe de peau, prise de chimiothérapie. En gérontologie, la musicothérapie facilite le travail de la mémoire en même temps qu’elle participe à la détente et l épanouissement du patient.

Les champs d’application de la musicothérapie

Nous avons tous besoin à un moment de notre vie de nous recentrer, de nous détendre, de nous débarrasser de nos angoisses et de nos ouvrir à la vie et aux vraies valeurs personnelles :la musique le permet.

Toute personne, quel que soit son âge, ses capacités physiques,  mentales, son expérience, peut profiter d’un suivi en musicothérapie. Il n’est pas nécessaire de connaître la musique ni de savoir jouer d’un instrument ou de chanter juste. C’est sur la base des dimensions innées et universelles de la musique que le musicothérapeute travaille. Selon une étude portant sur la clientèle des musicothérapeutes au Québec en 1996, un peu plus de 2000 personnes auraient consulté soit: 28% avec une déficience intellectuelle, 21 % avec une déficience organique (ex :cancer), 17% avec une déficience psychique(ex :schizophrénie, syndrome bipolaire, dépression sévère), 11% avec un trouble envahissant du développement(ex :autisme, syndrome de Rett, 8% avec des déficiences multiples, 5% avec une déficience motrice(paralysie cérébrale), 4% avec une déficience du système nerveux central etc . .  .

Chez les enfants portant un handicap physique ou mental, la musique permet de rentrer dans leur monde comme pour les autistes. Par le travail du ressenti, la vibration et un travail de longue haleine, il est possible que des enfants sourds arrivent un jour à chanter grâce à des repères et hauteurs de sons ressentis dans le corps car ils aiment la musique. Les musicothérapeutes peuvent faire entendre de la guitare à un enfant sourd en lui faisant mordre le manche pendant que l’on joue.

Les contre-indications à la musicothérapie

Elles sont rares mais elles existent. C’est par l’évaluation initiale que le soignant peut les détecter et soit adapter son intervention en conséquence ou référer le patient à une autre modalité thérapeutique. La prudence est de mise en présence de certains types d’épilepsie et dans le cas où la personne qu’on entend soigner dit ne pas aimer la musique, ce qui peut être un cas d’amusie, une condition neurologique selon laquelle certaines dimensions de la musique ne parviennent pas à être adéquatement perçues par le cerveau. L’intolérance à certains sons ou niveaux sonores peut aussi accompagner des conditions physiques comme la fibromyalgie ou être rattachées à des événements traumatiques

Cadre des interventions

Les interventions en musicothérapie auprès des autistes et personnes souffrant de troubles envahissants du développement de doivent d’être extrêmement personnalisées. Elles ne peuvent s’envisager que dans la complémentarité des actions menées par l’équipe éducative et soignante qui entoure le patient. Il est à noter qu’en cas d’intervention à domicile, il est préférable, si possible, de choisir une pièce « neutre » qui ne soit pas « le domaine » de la personne concernée. En effet, l’on a pu noter que  dans un premier temps, surtout chez les autistes, l’intrusion dans leur chambre est souvent très mal vécue.

Les moyens mis en oeuvre

La musicothérapie réceptive

Elle est basée sur la production de musique en, direct. Le thérapeute peut utiliser la contrebasse (instrument présent à chaque séance), de multiples percussions, de tubes résonnants, le Hang, le monocorde ou la voix . . . Il ne s’agit pas, bien entendu, « de jouer un air » au patient pour le divertir. C’est un travail de la matière sonore et vibratoire, qui doit s’attacher à la qualité du son et des nuances. Le vocabulaire utilisé inclura des modes occidentaux et extra européens, des rythmes et des tempos varié des sonorités classiques de l’instrument et de la voix, un large registre de fréquences des plus graves aux plus aigus de l’instrument etc . . .

La musicothérapie active

Elle consiste à s’exprimer avec des instruments de musique adaptés. Il peut s’agir d’expression libre ou d’exercices précis qui ont chacun une fonction. On peut ainsi travailler sur l’échange et la communication, la frustration, la valorisation de l’image personnelle, la concentration, la mémoire et l’amélioration  des capacités cognitives ou la motricité fine et l’adresse corporelle, étant entendu que cette liste est loin d’être exhaustive. Il n’y a pas de limite aux instruments qui peuvent être utilisés en musicothérapie, ni aux styles musicaux . C’est la démarche, le processus, la façon d’utiliser toutes les composantes de la musique qui sont déterminants.

La place de la musique durant la grossesse

Au delà de la musique en salle de travail, la musicothérapie entre véritablement dans la préparation de la naissance. Elle stimule les perceptions auditives de l’enfant, calme douleurs et stress chez la maman, permet d’établir une communication privilégiée entre la mère et son enfant. Dès 1994, lord de la Troisième conférence Internationale pour la Perception et la Cognition Musicale à l’Université de Liège, il a été mis en avant que les sons graves de la contrebasse traversent la paroi abdominale sans déformation spectaculaire, comme le prouve la comparaison des tracés enregistrés par un hydrophone placé, par anesthésie , sur la tempe du fœtus et ceux enregistrés par un microphone placé à proximité de l’instrument.

Ce que l’enfant perçoit

Au début, dès la septième semaine de grossesse, le fœtus peut percevoir la vibration des sons avant même la formation de l’appareil auditif, grâce aux os de son crâne , le bassin de la maman servant de résonateur. Ensuite, durant la grossesse, les hautes fréquences sont filtrées par  les muscles et le liquide, et seules les basses fréquences viennent vibrer contre les corpuscules tactiles de la bouche et des mains du bébé, comme une ficelle à laquelle on impulserait de lentes et fortes ondulations. L’émotion est si forte que les battements de son cœur s’accélèrent, il s’étire, tourne la tête, suce son pouce ou gambade.

Ainsi, après la naissance, l’enfant est capable de reconnaître un morceau de musique ou une voix à laquelle on l’aurait familiarisé pendant la grossesse. A son audition, il se calme ou manifeste un intérêt. Par ailleurs, les sons aux fréquences très basses facilitent l’endormissement de bébé dans les mois qui suivent sa naissance. L’expérience a été faite en milieu hospitalier aboutissant à un bon pourcentage d’endormissement des tout-petits.

La musicothérapie, un sérieux coup de pouce pour la maman

L’émission régulière de sons aux  fréquences très basses aide la maman à maintenir un souffle expiatoire plus long et plus aisé qu’une respiration ordinaire, ce qui développe la capacité respiratoire et l’oxygénation, deux éléments capitaux au moment de l’accouchement. La production de ces sons graves peut diminuer la durée du « travail » de deux à quatre heures : l’utérus, mieux oxygéné, est plus fonctionnel. En outre, l’expiration freinée au moment de l’expulsion permet une meilleure maîtrise de la douleur et peut éviter le recours à l’épisiotomie.

De la gestation à la naissance, la musicothérapie permet :

-d’établir  une relation complice entre le maman et son enfant

-la maman apprend à se détendre, se relaxer

-préparer l’accouchement de manière optimum

-dans la période de post-accouchement, des exercices vocaux peuvent aider à renforcer la périnée

-définir un morceau de fin de séance qui servira d’outil référent pour l’endormissement du nourrisson.  Zack Badji 

 

  

 

3 commentaires

Le 28 août 2012 Calcul date accouchement

Bonjour, Est ce que la musicothérapie peut être commencée même en milieu de grossesse ? Manuela

Le 3 septembre 2012 regine

Absolument, l'essentiel est de le faire dans les règles. La rédaction

Le 7 avril 2013 Crane vro

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