Gentleman

Gentleman t.

A l’occasion d’une interview qu’il accordait à un journal allemand en 1974, Bob Marley disait ceci : « mon sentiment est que cette musique(le reggae) grandira et trouvera son vrai public ». Et le journaliste de relancer : »le reggae n’est pas destiné aux Africains ? de quel public parlez-vous ? Après un moment où Bob semble s’amuser de la surprise du journaliste, il répond : « le reggae s’adresse à tous les peuples et c’est pourquoi il est mystique. » Cette « prophétie » semble s’être réalisé car le reggae malgré toutes les tentatives de ghetthoïsation, s’est imposé sur les cinq continents comme une musique engagée et intemporelle. Le chanteur allemand Gentleman en est certainement la preuve, lui qui est entré dans l’Histoire comme le premier Européen à totalement s’imposer dans le milieu très fermé du reggae, ouvrant ainsi la voie à des chanteurs comme le Français Naaman ou l’Italien Alborosie.
De son vrai nom Otto Tilman, Gentleman est né en 1975 à Osnabrück, non loin de Cologne en Allemagne.
Depuis son très jeune âge, Gentleman baigne dans la musique grâce un frère passionné de son, mais ce n’est qu’à dix-sept ans qu’il découvre sa voie à l’occasion d’un voyage en Jamaïque. Dès lors il ne cessera plus de s’intéresser à la culture jamaïcaine et de la vivre de l’intérieur à l’occasion de ces nombreux voyages sur l’île. C’est certainement grâce son respect et son amour sincère pour le pays de Bob Marley que Gentleman parvient à obtenir la confiance qui lui permet aujourd’hui de côtoyer les plus grands noms du reggae.
Avec ses groupes successifs, Gentleman se forge peu à peu une réputation de bête de scène mais ce n’est qu’en 2001 qu’il se révèle au monde avec le single Leave us Alone qui explose les records d’audience, aidé en cela par la magie d’un Internet balbutiant.
En 2003, c’est l’album Journey to Jah qui confirme les espoirs qu’avait suscités Leave Us Alone. S’y trouvent les deux perles qui vont faire le tour de la planète et installer Gentlemen comme un boss du reggae : Dem Gone et Runaway. Sur cet opus, Gentleman réussit la prouesse de réunir des mastodontes du reggae comme Junior Kelly ou Capleton, marquant par là son entrée dans le gotha du reggae mondial.
Deux ans plus tard (entrecoupés de la sortie d’un DVD Live Gentleman & the Far East Band Live en 2003) sort l’album Confidence sur lequel se trouvent entre autres le magnifique Superior, Intoxication ou le sémillant Rumours qui sont désormais inscrits au patrimoine mondial du reggae.
Une fois encore, Gentleman est bien entouré avec la présence de son idole Ras Shiloh, le tonitruant chanteur de dancehall Anthony B ou last but not least, le légendaire Barrington Levi himself. La tournée promotionnelle qui suit est un véritable triomphe et Gentleman se trouve tellement demandé qu’il refuse des dizaines de dates à travers le monde. Les déçus vont se consoler avec un album Live de cette tournée où figure en prime un single inédit intitulé Runaway qui est aujourd’hui une référence absolue.
Durant les deux ans qui suivent, Gentleman passera la majeure partie de son temps sur les routes, ce qui ne l’empêche pas de concocter un nouvel opus détonnant au nom évocateur de Another Intensity qui paraît en 2007.
Il faudra attendre 2010 pour voir le chanteur de Cologne de retour dans les bacs l’excellent Diversity où Gentleman démontre à nouveau sa connaissance du reggae, passant du reggae roots au dancehall avec une facilité dont ne reviennent pas ses amis jamaïcains. Mais là où Gentleman va faire mieux c’est qu’il va en rectifier une injustice maintes fois dénoncée par les adeptes de reggae. En effet, il apparaît encore comme un mystère le fait qu’en 25 ans d’existence, le très couru MTV Unplugged (qui est une série de concerts acoustiques organisés par la fameuse chaîne de télé américaine) n’ait jamais invité un artiste reggae. Depuis cette année, l’injustice est réparée puisque le natif de Cologne est désormais le seul artiste reggae à avoir jamais chanté sur la scène des MTV Unplugged. Un vrai exploit! Des mauvaises langues ont prétendu que la couleur de sa peau y était pour beaucoup, mais force est de reconnaître que cette consécration est tout à fait méritée après sept albums tout aussi aboutis les uns que les autres.
Non seulement à cause de la qualité de sa musique, mais aussi parce que Gentlemen s’est surtout intéressé à l’autre au point de s’immerger dans la culture des Caraïbes, combinant à merveille le reggae des origines au dancehall.
Mais aussi parce que c’est un artiste à la voix inimitable qui a fait du cross over (la jonction entre genres musicaux et peuples) sa marque de fabrique comme pour rappeler la fonction première du reggae qui est de rassembler pour libérer. Zack Badji

Illustration : Régine Coudol-Fougeouse

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